01 septembre 2007

La pomme et la poire

La pomme et la poire

roman sémantico-genésique
extrait de la Légende plaquée or du Grand Fruitier de la Baie des Anges








Chapitre Premier


Eve contemple l'arbre depuis tôt ce matin. Elle le trouve beau avec ses fleurs blanches et roses. Quel nom lui donner, à cet arbre qu'elle contemple avec tant de plaisir ?
Elle rêve et, dans son rêve, prend conscience d'un petit bruit persistant. Mille dieux ! pense-t-elle. Encore Adam et ses bricolages. Cette créature bruyante n'a qu'une idée en tête : rivaliser avec papa. Et je te scie et je te cloue et colle et assemble et cloue et pan et pan et pan ! C'est intenable, d'autant plus intenable qu'il produit en même temps des bruits d'accompagnement avec sa bouche ou sa gorge.
Adam, cette fois, étonne Eve. Il ne colle ni ne cloue ni ne pan pan pan. Adam se contente de faire un petit son sourd entre ses lèvres - qu'il a plaisantes soit dit entre parenthèses, pense Eve. Elle écoute plus attentivement et ce petit bruit la ravit ; cela fait pom pom pom pom !
Aussitôt pensé, aussitôt décidé : pour toujours se souvenir de cet instant où ce niais ne lui a pas cassé les oreilles mais, tel un à venir Orphée, les lui a charmées, elle va baptiser son bel arbre inconnu selon ce petit bruit : pom pom pom pom...
Pom ? Non, cela manque de majesté. Pom pom ? Elle ne se voit pas disant à papa : je vais voir si mon pom pom a cette nuit fleuri. C'est qu'il commence à l'ennuyer avec ses pom, ce niais.
Oh ! quelle bonne idée ! Elle va joindre en un seul mot le bon souvenir de cette journée à nulle autre semblable et ce délicieux petit son qui résume si bien la bruyante créature : niais. Le pom-niais ! Ah ! la bonne blague ! C'est papa qui va bien rire, lui qui le trouve sot comme un seau vide, cet Adam bricoleur.



Chapitre II


La porte du jardin grince toujours un peu. Eve soupire. Ce feignant d'Adam ne l'a toujours pas réparée. Elle, elle ne peut pas le faire car il lui manque la force de déboîter de ses gonds le côté qui grince. Il y en a pour quelques secondes ! Ensuite, gratter la rouille, passer l'anti-rouille, repeindre et graisser, elle peut le faire ! D'exapération, elle décide d'aller secouer les puces de son co-locataire de jardin mais une bonne surprise l'attend. Ce n'est pas Adam qui a fait grincer la porte du jardin, c'est papa !
— Papa ! appelle-t-elle en agitant le bras.
— Ah ! tu es là, ma Nénève !
Ils s'embrassent comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis une éternité. Papa a toujours des poils follets dans sa barbe et Eve se met à rire. Ça la chatouille ! De plus, elle trouve irrésistiblement drôles les touffes qu'il a dans les oreilles. Cela le fait ressembler à Chat.
— Papa ! J'ai encore nommé un arbre.
— C'est vrai, ma tite loutte ?
Dieu est toujours très tendre avec Eve.
— Ecoute…
Les explications d'Eve sur le pomniais durent longtemps car ils ont tous deux des crises de fou rire à en tomber sur le gazon, ce dont ils ne se privent pas.
— Tu es inimitable, ma Nénève, dit enfin papa. Mais chut !
Comme dans une de ces comédies qu'il aime tant, il met un doigt sur sa bouche barbue en roulant les yeux.
— Chut ! répète-t-il. Je vois monsieur pompom qui vient par ici.
Quelques instants plus tard, Adam débouche au coin du bosquet tandis qu'Eve tente de maîtriser la crise de hoquet qui l'a saisie. Monsieur pompom ! Papa est impayable, vraiment. S'il n'existait pas…
— Tiens ! dit Adam. Je ne vous ai pas entendu entrer.
Adam voussoie papa. Il l'a toujours fait.
— Pourtant la porte grince assez fort, rétorque le barbu. Tu devrais faire quelque chose. Et tu pourrais me dire bonjour, tant que tu y es.
— Bonjour, papa, marmonne Adam.
Son problème, c'est la jalousie. Ces deux-là, Eve et papa, ils n'arrêtent pas de se raconter des histoires en rigolant. Ils doivent même se moquer de lui, c'est sûr. Et cela lui fait de la peine.
— Vous aviez l'air de bien vous amuser ? demande-t-il en essayant de sourire.
— Euh… Oui, répond papa. C'est un truc… Euh… Tu vois cet arbre, là ?
Il désigne le pomniais derrière Adam qui se retourne pour le voir. Papa en profite pour lancer un clin d'oeil complice à Eve, l'air de dire : ne t'inquiète pas, fillette, j'ai trouvé une idée !
— Tu vois, reprend-il, les choses rondes qui sont pendues aux branches?
— Oui, ça se mange et c'est bon.
— C'est vrai ? Tu as essayé ?
— Oui, papa. Je goûte à tout ce que je trouve.
Papa contemple le dos d'Adam d'un air pensif, une vague lueur de considération dans l'oeil. La créature bruyante deviendrait-elle moins niaise avec le temps ? Ou bien était-ce le vulgaire fruit du hasard ? Mais papa hausse les épaules. Il ne voit pas la nécessité de se casser la tête pour comprendre le comportement du niais.
— Tu nous apprends une bonne nouvelle, Adam, dit enfin Dieu. C'est, vois-tu, de cela que nous riions quand tu nous surpris. Nous imaginions les emplois possibles pour ce fruit rond et dur.
— Oh ! Pas si dur que cela, dit Adam avec fierté.
Tout heureux de, pour une fois !, pouvoir se faire valoir, il oublie de demander des précisions sur ce qui faisait rire Eve et papa.
— Cela dépend des moments, poursuit-il. Avant de tomber de la branche, le fruit devient rouge et juteux. Tenez ! Comme celui qu'on aperçoit là-haut !
— Tu irais le chercher, Adamichou ? demande Eve.
Tout fier, le sot se précipite et grimpe dans l'arbre.
Eve et Dieu se regardent en se retenant de rire.
— Ma Nénève, je trouve ton "pomniais" un peu difficile à prononcer. Que dirais-tu de le transformer en "pompom y est" ?
— Pompomié ?
— Attends… Je crois que j'ai trouvé : pomié ?
— Oh ! oui, papa ! Et les fruits sont les poms ! Et, ajoute-t-elle avec sa moue à la BB, puisque c'est moi qui les ai nommés les premiers, ils seront du genre féminin.
— Une pom ? Oui, ça sonne bien. C'est vendu, ma bichette !
Adam revient avec la pom et, d'un air conquérant, la donne à Dieu.
— Goûtez, papa !
— Excellent, mon tit Adam ! Mes enfants, je vous propose, en l'honneur d'Adam qui aime chanter "pom pom pom", d'appeler cette chose "pom" !
Rouge de confusion, Adam se hâte de regrimper à l'arbre.
— J'en ai vu d'autres ! Je vais vous les chercher.
Dieu se tourne vers Eve et soupire.
— Je sens que je ne vais pas tarder à créer les poires, dit-il. Cela lui ira très bien à notre dépendeur de poms !
C'est à cet instant qu'Eve, qui croquait la moitié de pom que Dieu lui avait laissée, s'étrangla de rire avec un pépin.




Chapitre III


Eve reprend son souffle et fait signe à Dieu de ne plus lui tapoter le dos.
— Ma Nénève ? Ça va mieux, ma poussinette ?
— Glurps ! répond Eve.
Dieu en a le coeur qui bat très fort. Il supporte mal les grosses émotions. Il tient tellement à sa fifille ! Je veille sur Eve, pense-t-il car, c'est plus fort que lui, il ne peut pas se retenir : le papa d'Eve et d'Adam est un plaisantin polyglotte. Ce lamentable jeu de mots a le mérite de lui remettre le coeur à l'endroit.
— C'est ma faute ! dit Adam d'une voix tremblante. J'aurais dû te prévenir, tite soeur, qu'il y avait des pépins.
Lui non plus, soudain, ne plus se retenir. C'est dans la famille, cette incapacité à se retenir. Adam éclate en sanglots bruyants, se tape le front, se cogne la poitrine de ses poings fermés.
— Gn'augnais pu tugner ma gnoeur ! braille-t-il d'une voix hoquetante.
— Ohhhh là ! On se calme, fiston, tout va bien. Tu ne vas nous jouer Sophocle !
Adam sèche ses larmes comme il peut. Quand on vit nu, on dispose de peu d'endroits pour ranger son mouchoir.
— Tu es sûr, papa ?
— Mais oui, grosse bête ! Allez, va embrasser ta soeur. Elle ne te reproche rien, et moi non plus.
— Alors, je vais vous montrer une autre chose merveilleuse. Quand on en a mangé, on n'a plus besoin de boire pendant un certain temps.
Toutefois, comme il a encore le nez plein de larmes, il a prononcé "poire". Une fois de plus, Dieu ne peut pas se retenir : je suis génial, pense-t-il ! La créature niaise fait le travail à ma place.
— Oh ! oui, s'exclame Eve en battant des mains. Montre-nous l'arbre à poires, Adaminou, s'il te plaît, dis !

Ce soir-là, Dieu se couche l'âme en paix et le palais agréablement rafraîchi. Tout va bien, tout se met en place sans qu'il ait à se casser la tête ou les pieds. Sa marionnette est parfaite !
Il se repasse pour s'endormir la vidéo de la découverte du bananier.
On voit, Adam, le sot !, se tordre la cheville dans une taupinière de la pelouse.
— Oh ! comme te voici bancal, dit Eve.
Grimaçant de douleur, Adam veut faire bonne figure en se moquant de lui-même.
— Un vrai ban-ban, tu as raison !
Toute la semaine, tandis qu'il claudique, Eve et leur papa l'appellent "ban-ban".
Le film passe rapidement sur ces journées pour arriver enfin au moment où l'on voit Adam se battre avec une jeune chimpanzée.
— Donne-moi ça ! crie Adam.
— Gnnnn ! répond l'animal qui tient une chose d'un beau jaune dans sa main.
Dieu a une moue approbative. Bonne idée, ce jaune contre le pelage marron de la chimpanzée ! Il a été inspiré, ce jour-là.
Adam parvient à arracher la chose jaune des doigts de l'animal qui crie de colère, au point d'attirer Eve et son papa qui prenaient un petit verre bien tranquillement, au frais dans la roseraie.
— Eh, bien ! Que se passe-t-il ?
— Iiiiiiiik ! déclare la singesse.
— Même pas vrai ! crie Adam.
— Papa ! dit Eve, il cache quelque chose derrière son dos.
— Cafteuse !
— Iiiiiiikkkk !
Dieu, qui n'aime pas être dérangé à l'heure de l'apéritif, s'énerve un peu.
— Adam ! Il suffit, mon enfant ! Montre-moi ce que tu tiens dans ton dos !
Penaud, Adam, montre la chose jaune et blanche qu'il a volée à la chimpanzée. L'épluchure pendouille de part et d'autre du fruit blanc où se lit encore la marque des dents d'Adam.
— Tssk tsssk ! dit Dieu.
Il se tourne vers la singesse.
— Désolé, ma grande, tu ne peux quand même pas manger ça. Tu n'as plus qu'à t'en cueillir un autre.
— Iiiiiiii kkkk iiii !
— Tu es certaine ?
"Oui" répond-elle d'un hochement de tête.
— Adam, rend-lui son fruit !
La chimpanzée reprend le fruit à demi épluché et le flaire longuement. La caméra montre un gros plan de son visage où apparaît une expression de ravissement. Ensuite, on la voit se diriger lentement vers Adam et le renifler partout, l'air de plus en plus heureuse. Soudain, sans un mot, elle lui saute au cou et niche sa tête contre son la sienne.
— Tu ne m'en veux pas ? dit Adam d'une toute petite voix.
— Chhhh iiiiii kkkkkk, chuchote-t-elle.
— Puisque vous êtes réconciliés, nous pouvons peut-être vous laisser ? dit Dieu.
— Oui, papa, je vous promets de plus jamais le faire.
En un souple travelling, la caméra montre Eve et son père regagnant d'un pas tranquille la roseraie où leurs boissons les attendent.
— On ne le changera pas, ton frère ! dit Dieu avec un grand soupir.
— Pauvre ban-ban ! Si tu me permets une petite remarque, je trouve que tu l'as un peu raté, papa.
— Oh ! tu peux ma Nénève, tu peux !
Ils restent un instant silencieux et l'on n'entend plus que le chant des colibris et des pépieurs mordorés. Au loin une paonne appelle son Léon.
Tandis qu'il se rassoit, Dieu donne une légère tape sur les fesses d'Eve.
— Tu sais quoi, ma choupinette ? Pour retrouver notre belle humeur, nous allons nommer cette chose blanche et jaune. Veux-tu ?
— Mon papounet… J'y ai pensé !
Dieu éclate de rire.
— Mon trésor, mon beau diamant ! Tu es bien ma fille, toi. Alors, dis-moi: qu'as-tu imaginé ?
— C'est très simple, mon petit papa. J'ai procédé comme pour le pomié. En ce moment, nous appelons mon pauvre frère "ban-ban". Quand il a été découvert, il a commencé par nier. Je te propose donc d'appeler cet arbre, l'arbre où ban-ban a nié.
— Excellent, prunelle de mes yeux ! Mais comme précédemment, simplifions et disons tout bonnement : bananié ! Qu'en penses-tu ?
Le film s'arrête sur cette dernière image : Eve ne répond rien et regarde son papa, les yeux pleins d'une admiration sans limites.




Chapitre IV


Par un beau jour de printemps… Eve et son papa choisissent chaque matin le temps de la journée. Ce matin-là, ils ont eu envie d'un beau jour de printemps et ils l'ont.
Par ce beau jour, donc, ils se prélassent sur l'herbe vert et moelleuse du Jardin, devisant avec paresse de babioles et d'autres.
— Tu ne sais pas ce que Chat m'a fait, hier soir ? dit Dieu.
— Non, mon papounet. Une bêtise, encore ?
— Oui et non, tu sais comment cela tourne avec lui.
Eve a un petit rire.
— Comme la fois où il a renversé tes pots de peinture et que tu as été obligé de rendre un pauvre animal capable de changer de teinte selon son environnement ?
Dieu rit aussi et le silence retombe. Ils s'absorbent tous deux dans ce souvenir si drôle. Quelques coccinelles traversent leur champ de vision, battant avec énergie de leurs petites ailes rondes. Eve pousse un soupir de bien-être.
— Malgré toutes ses bêtises, je préfère que ce soit Chat qui vive avec toi plutôt que cet ange imprévisible que tu invites de temps en temps.
— Ah ! Celui Qui n'est Jamais là où on S'attend à le Trouver ?
— Oui, je suis toujours inquiète quand il traîne dans les parages.
Dieu acquiesce d'un air pensif. Il se demande s'il n'aura pas de vrais gros ennuis, avec celui-là, tôt ou tard. Le seul fait de l'évoquer lui gâche la sieste.
— Nénève ? Si on allait voir ce que fait ce crétin d'Adam ?
Eve saute sur ses pieds.
— Bonne idée ! Cela nous fera du bien, de bouger un peu. Mais je te trouve dur avec ce pauvre Adam. Il fait de son mieux. Ce n'est pas sa faute…
— Oui, oui, on l'a déjà dit, je l'ai un peu raté, mais que veux-tu, il m'énerve.
Le jardin est très agréable avec ses fleurs de printemps, les bourgeons des marroniers, tout collants, et les nuages de papillons multicolores. Dieu et sa fille se promènent paisiblement. Ils franchissent un charmant ruisseau sur un petit pont inspiré des jardins chinois quand une antilope bondit devant eux, l'air affolée. Dieu l'arrête d'un geste.
— Eh bien, ma jolie! Que se passe-t-il ? De quoi as-tu peur ? Ne sais-tu pas que tu ne crains rien dans mon jardin ?
— Blblblblbl, répond l'animal à bout de souffle.
— Et zut ! Eve, on a des emmerdes ! Amène-toi !
Dieu repart à toute vitesse non sans lancer à l'antilope un rassurant : "Ne t'en fais pas, ma cocotte, Je vais tout arranger".
— Papa ! dit Eve tout en courant.
— Ce crétin d'Adam est en train de ficher le feu au jardin !
Doux Jésus ! pense Eve sans ralentir l'allure.
Un spectacle consternant les attend. Adam et Celui Qui n'est Jamais là où on S'attend à le Trouver dansent comme des ivrognes autour d'un feu. Ils l'ont allumé en plein sous le plus grand pin du jardin, une arbre pluricentenaire qui pourrait brûler comme une allumette. Les fous !
D'un seul élan de Son souffle puissant, Dieu éteint le foyer.
— Que faisiez-vous, tous les deux ? tonne-t-il.
Loin de craindre Sa colère, les deux idiots accueillent leur Créateur à bras ouverts.
— Venez voir ! Toi aussi, Eve !
Ils tiennent tous les deux à bout de bras un ustensile étrange, rond et muni d'une longue poignée.
— Qu'avez-vous fait, malheureux ? dit Dieu d'un ton qui trahit la plus consternée des consternations.
— Celui Qui n'est Jamais là où on S'attend à le Trouver m'a appris à flamber les fruits du bananié ! s'exclame Adam avec excitation. Goûtez-moi ça, papa !
Joignant le geste à l'invite, il tend sa poêle à Dieu.
— C'en est trop ! tonne ce dernier encore plus fort. Et toi ! ajoute-t-il.
Il se tourne vers Celui Qui n'est Jamais là où on S'attend à le Trouver et cherche à s'esquiver en douce.
— Attends ! Ne pars pas !
Celui Qui n'est Jamais là où on S'attend à le Trouver devient tout rouge et se met en colère, lui aussi.
— J'en ai assez de toujours me faire enguirlander ! Avec toi, c'est toujours pareil, tu n'as qu'un mot à la bouche quand tu t'adresses à moi : attends ! On ne s'attend pas à me voir ! On s'attend à mes bêtises ! Toujours la même rengaine.
L'air buté, il croise ses bras sur sa poitrine et, le menton relevé, défie Dieu du regard. Cela suffit à calmer Dieu. Très froid, à présent, il toise l'autre.
— Tu as raison et ce sera désormais ton nom : S'attend. Silence S'attend! Tu es allé trop loin, cette fois. Le feu, passe encore, j'aurais pu passer l'éponge.
C'est vrai, pense Eve. Son papa a toujours eu l'éponge très pardonneuse. Elle commence toutefois à s'angoisser. Elle comprend qu'il y a autre chose qu'un risque d'incendie.
— Tu as enfreint mon interdit absolu, poursuit Dieu en pointant un doigt accusateur sur S'attend. Mes créatures sont bâties pour le cru et tu viens de leur enseigner le cuit.
Dieu se laisse tomber dans l'herbe, essuyant une larme.
— Ma Nénève, c'est une catastrophe. Tout est perdu.
Eve va s'asseoir auprès de son père et le prend dans ses bras.
— Voyons, mon papounichou chéri, cela ne peut pas être aussi grave. Une bonne fessée tous les deux et on oublie tout ça ! Non ?
Dieu fait non avec la tête.
— Ma chérie, le Jardin est ce qu'il est parce qu'on n'y introduit aucune technologie autre que mes pouvoirs. Cet ignoble S'attend m'oblige, avec son diabolique enseignement du cuit… M'oblige à vous chasser d'ici, la créature bruyante et… et toi.
Dieu murmure ces derniers mots d'une voix étranglée.
— S'attend ! dit-il sans même lever les yeux. Puisque tu aimes tant jouer avec le feu, tu n'en sortiras plus jamais.
Le sol de la prairie s'ouvre brutalement sous les pieds de S'attend qui disparaît dans un grand jet de vapeur bouillante. Eve se bouche les oreilles pour ne pas entendre les hurlements du pauvre idiot.
— Adam, reprend Dieu. Tu es mon fils, que je le veuille ou non, et je n'ai ps toujours été très chic avec toi. A présent, je comprends pourquoi.
Dans un nouvel accès de rage, Dieu s'est relevé d'un bond à la Jet Li. Ses yeux lancent des éclairs et ses mains font broum-broum-broum-le-tonnerre.
— Oui, hurle-t-il. Je sais pourquoi ne je t'aime pas, triple buse! Je sais de toute éternité qu'à cause de ta stupidité je me retrouve seul dans ce foutu jardin pour l'éternité ! Et pire encore : à cause de toi, je perds mon Eve chérie.
— Aaaaah !
C'est Eve qui hurle ; elle vient de comprendre. Elle s'évanouit.
Quand elle reprend conscience, Dieu est assis à côté d'elle - il se souviendra de cette journée comme d'un moment où il s'est beaucoup assis et relevé - et lui caresse tendrement la tête. Adam se tient debout, l'air très embêté.
— Papa, dit-il, il y a sûrement un moyen de réparer… Je ferai n'importe quoi…
— Non, Adam, hélas ! Il n'y a rien à faire.
Dieu paraît soudain très vieux, très las. Sa barbe fleurie perd de sa superbe. Tout en berçant Eve qui sanglote doucement, Dieu prononce les paroles qu'il n'oubliera jamais.
— Adam, je vous ai créés en fonction du Jardin où tout n'est que fruits et légumes frais. Où tout est cru ! C, R,U, cru ! Tu comprends ? Si tu cuis ces fruits et ces légumes, tu fais souffrir ton systèmpe digestif et souffrir aussi le Jardin. Tu as brisé l'enchantement et tu dois - vous devez partir. C'est ta malédiction qui commence aujourd'hui : tu devras cultiver le sol toi-même pour manger, et te débrouiller pour faire du feu avec deux bouts de caillou. Mes pauvres enfants, vous n'êtes pas sortis de l'auberge.
— Papa ? dit Eve qui est revenue à elle. Ce n'est pas juste, je n'ai rien fait.
— Je le sais, ma Nénève chérie, mais c'est tout comme.
Il se penche à son oreille pour chuchoter : "Ecoute, je ne peux pas laisser ce crétin tout seul. Je compte sur toi pour veiller au grain."
— Quand même, c'est pas juste.
— D'autant moins, mon petit coeur en sucre, que dorénavant tu enfanteras dans la douleur.
De la même façon qu'avant, Dieu murmure à l'oreille d'Eve : "Je dis ça uniquement pour adoucir l'humeur d'Adam parce que, lui, il va en baver pour faire pousser quelque chose !"
— Mais moi je ne veux pas d'enfants, proteste Eve. Souviens-toi de Caïn, comme il a mal tourné, ce voyou !
Désespéré, Dieu secoue la tête.
— Je n'y peux rien, répète-t-il. Allez, partez maintenant, je ne vous raccompagne pas, vous savez où est la porte.
Il fait un vague geste de bénédiction et tourne le dos à Adam et Eve qui se tiennent debout dans la prairie fleurie, l'un à côté de l'autre, tandis que les branches du pin pluricentenaire grincent aimablement dans la brise de printemps.

Adam croit maintenant qu'il a créé le monde lui-même. Eve le tssktssk avec la même consternation qu'avant. Elle en veut toujours à son père… L'une a de la mémoire, l'autre pas. Quant aux enfants, ils tiennent des deux.

FIN


Critique parue dans La Lettre d’Antoine, revue culturelle et jardinière semestrielle

(rubrique : Les Griffes de la Marquise)

La pomme et la poire aux éditions de la Marée Verte
La nouvelle oeuvrette de Marmaduke Desabers confirme ce que nous avions déjà entrevu à la parution de sa "Nostalgie du plombier". Si l'on peut faire l'effort charitable de sourire une ou deux fois, on ne manquera pas de sortir son bicarbonate de soude pour digérer le reste. On peut apprécier un jeu de mots, même mauvais - en ce cas au énième degré, comme vous en conviendrez, amis lecteurs. Ici, on a passé les limites du convenable. Dirons-nous laborieux ? De mauvais goût ? Facile ? Tout cela à la fois, sans doute. Nous ne pourrons pas même regretter que M. Desabers s'essouffle à la longue : encore lui eût-il fallu pour cela témoigner du moindre souffle dès la première ligne.
Par pitié pour les arbres sur lesquels nous imprimons, nous n'en dirons pas plus. Cette révision de la Genèse est une fin de tout. Relisons plutôt Un Vampire au Pont du Diable qui nous avait fort distrait en son temps.
(L'ouvrage est toujours disponible chez l'éditeur.)


Image : Nature morte à la pomme et à la poire, Sylvie Andlauer



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26 août 2007

Mise en ligne du nouveau forum

Pour gagner en confort, en souplesse et en autonomie, nous avons choisi d'ouvrir un nouveau forum.

Vous le trouverez à l'adresse suivante :
http://www.portail-traduction.fr/forum

Si vous étiez inscrits à l'ancien, nous invitons à vous réinscrire sur le nouveau, et à vous présenter de nouveau (tradition maison oblige, et politesse vis-à-vis des nouveaux arrivants).
Nous vous recommandons fortement de lire les règles du forum pour comprendre notre façon de fonctionner.

A très bientôt dans notre nouvelle maison !

Les administrateurs du Forum de traduction

29 juillet 2007

La boîte à outils de l'artisan-traducteur - I

Cet article sera le premier d'une série que nous consacrerons aux outils qui facilitent la vie au traducteur et lui permettent de gagner un temps précieux.

Être traducteur, c'est être un artisan de la langue et des mots. Pour être compétents, nous devons posséder un savoir-faire, indéniable certes, mais insaisissable et inexplicable, que chacun aura développé par son vécu, ses expériences et sa sensibilité propres.

Mais il est une composante essentielle de notre travail, beaucoup plus terre-à-terre celle-là, commune à tous les métiers où il faut "bricoler" : comme tout bon artisan, si nous voulons être efficaces, nous devons être équipés de bons outils et bien organisés, pour gagner le plus de temps possible et nous consacrer pleinement au travail sur la langue.

Si les mauvais ouvriers accusent toujours leurs outils, les bons ne peuvent pour autant s'en passer. Nous dresserons donc une liste – non exhaustive – d'outils précieux pour la traduction, et tâcherons de vous donner quelques tuyaux et trucs pour vous faciliter le travail.

N.d.A : Ce "didacticiel" n'est qu'un exemple d'organisation du poste de travail basé sur mon expérience. Chacun est évidemment invité à l'adapter selon ses besoins et ses préférences.

(Pour ce premier article, nous travaillerons à partir d'un environnement Windows XP, mais la plupart des exemples seront transposables dans d'autres systèmes d'exploitation.)


1. Le Poste de travail

Il est important d'organiser au mieux son poste de travail pour avoir un accès rapide à ses documents et à ses outils, tant pour la première utilisation qu'au fil de sa journée de travail.
J'ai personnellement opté pour un poste de travail épuré, où seuls apparaissent des raccourcis pour les dossiers auxquels j'accède le plus souvent et mes travaux en cours, que j'archive lorsqu'ils sont terminés (cela m'évite entre autres de me mélanger les pinceaux dans les différentes versions).

Voici une capture d'écran de mon poste de travail au démarrage de mon PC (Cliquer dessus pour l'agrandir) :



(L'onglet Gimp apparaît car j'en ai eu besoin pour les captures d'écran... ;-) )

J'ai préféré placer les raccourcis de mes applications dans la zone de lancement rapide, à droite du menu Démarrer, dans l'ordre où je les utilise.
De gauche à droite : Bureau > Writer (traitement de texte) > Robert & Collins électronique > Grand Robert électronique > Firefox

Sur le Bureau : les raccourcis pour mes traductions en cours (un roman + un jeu vidéo). Et un fichier de recherches sur Richard Ford, pour ma femme qui prépare l'agrégation d'anglais...

2. Le traitement de texte (ici OOo Writer) :

C'est bien sûr mon outil premier. Nous présenterons sans doute un article consacré entièrement aux traitements de texte pour explorer leurs possibilités plus en détail.


Les outils qui apparaissent sont ceux sélectionnés par défaut, excepté le bouton Enregistrer sous qui remplace le bouton Enregistrer (accessible par la touche de raccourci Ctrl + S), et le bouton Insérer caractères spéciaux (le trèfle à quatre feuilles bleu dans la colonne de gauche).

En ce qui concerne la mise en page, c'est celle du feuillet de 1500 signes (25 lignes de 60 caractères). Lors de mon premier jet, cependant, je préfère travailler en interligne simple. Ce truc me permet à la fois de mieux visualiser mon texte et de mieux repérer les répétitions.

Pour modifier la mise en page : sélectionner le texte en entier (Ctrl + A) > clic droit > Paragraphe. Voici une capture d'écran des paramètres :



3. Les dictionnaires en version électronique


J'utilise bien sûr des dictionnaires papiers, mais assez rarement depuis que je me sers de leurs équivalents électroniques ou en ligne.
Le Grand Robert & Collins est très bien fait et relativement peu onéreux (75€).
Le Grand Robert de la Langue Française est très complet, mais hélas beaucoup plus cher (250€). Ceux qui ne veulent ou ne peuvent faire cet investissement lui préfèreront le Petit Robert électronique, lui aussi excellent et plus abordable (75€).

En voici des copies d'écran :



Une fois lancées, je ne referme plus ces applications, qui gardent leur place dans la barre des tâches. Je les ouvre ainsi très rapidement dès que je souhaite procéder à une recherche dans l'un ou l'autre.

Ces outils, dans leurs versions récentes, permettent de rechercher un mot dans la définition. Cette fonction permet de gagner un temps fou par rapport aux versions papier, où il faut lire la définition entièrement avant de trouver l'acception qui nous intéresse.


4. Le navigateur Internet

Internet est aujourd'hui un outil plus que précieux pour la traduction. En ce qui me concerne, il m'est indispensable. C'est pourquoi j'ai configuré mon navigateur (Firefox) de façon à avoir un accès rapide à mes outils favoris.

Voici une capture d'écran de ma fenêtre d'accueil. Vous remarquerez que plusieurs onglets apparaissent au démarrage.




Viennent en premier les trois moteurs de recherche que j'utilise le plus régulièrement : Google, bien sûr (avec ma page d'accueil personnalisée), Exalead (page d'accueil personnalisée aussi), et le moteur Swicki conçu pour les recherches lexicales.



Nous détaillerons l'utilisation de ces moteurs de recherches dans de futurs articles.

Vient ensuite ma page Box.net, que j'utilise pour sauvegarder mes documents en ligne.


Cet outil permet de garder une copie en ligne de ses documents, accessible depuis n'importe quel ordinateur disposant d'une connexion internet. C'est surtout une sécurité supplémentaire en cas de pertes de données, si vous égarez votre clé USB ou que votre disque dur grille.
Là encore, nous reviendrons plus en détail sur les différentes solutions de sauvegarde dans un article consacré à ce sujet.

J'ai ensuite choisi d'afficher ma page Netvibes (agrégateur de flux RSS) pour avoir accès facilement à tous les fils RSS qui m'intéressent, la page d'accueil de Wikipédia, le Grand Dictionnaire Terminologique (dictionnaire technique anglais/français), la page d'accueil du Free Dictionary (dictionnaire/encyclopédie/thésaurus unilingue, très complet), dictionnaire de synonymes et antonymes du laboratoire CRISCO (indispensable), la page d'accès rapide au dictionnaire Trésor de la Langue Française (en complément du Robert, pour l'étymologie et les termes plus anciens), et enfin, bien sûr, le Portail de Traduction.

Voici les captures d'écran de ces sites :

Netvibes


Wikipédia


Grand Dictionnaire Terminologique



The Free Dictionary


Laboratoire CRISCO



Trésors de la Langue Française



Portail de Traduction Littéraire


A vous ensuite de choisir les outils qui vous intéressent, selon vos préférences et la langue que vous traduisez.

Dans Firefox, pour que tous ces onglets s'affichent à chaque démarrage, voici la marche à suivre lorsque vous avez ouvert vos onglets dans l'ordre où vous souhaitez les voir apparaître :
Aller dans Outils > Options > Onglet Général > sélectionner Pages courantes



Notez que pour Firefox ou Internet Explorer, la barre d'outils Google est un outil très pratique. Elle vous permet de surligner dans la page qui s'affiche les termes de votre recherche. Dans Firefox, cette fonction est également accessible par la touche de raccourci Ctrl + F.

Si vous avez des questions ou des remarques, vous pouvez me les soumettre dans les commentaires ou m'écrire à cette adresse : portailtraductionlitteraire(AT)gmail(POINT)com

10 juillet 2007

Des traducteurs et des hommes

Cet article s’adresse à tous ceux qui pensent que la profession de traducteur, en particulier de traducteur littéraire ou d’édition, est en danger. Oui, en danger car menacée par des traducteurs automatiques ou traducteurs en ligne que l’on trouve à foison sur Internet.

En général, ce sont les mêmes gens qui pensent qu’un traducteur traduit des mots ou qu’une personne bilingue peut très bien être un traducteur. Deux idées très partagées auxquelles je voudrais tordre le cou ici une bonne fois pour toutes.
Tout d’abord, un traducteur ne traduit pas des mots. Il fait passer d’une langue source (la langue de départ) à une langue cible ( la langue d’arrivée) des idées, des concepts véhiculés par des mots. Il y a ici une grosse nuance vous en conviendrez aisément. Le traducteur traduit en priorité des idées. Tout traducteur est d’abord un lecteur qui décode un texte avant de l’encoder dans la langue cible.

Pour se faire il existe de nombreuses stratégies mises à sa disposition, en voici les quelques unes :

- La compensation, qui permet de rendre un trait linguistique par un autre trait linguistique. Cette stratégie permet d’essayer de préserver un maximum la richesse du texte source.

- L’adaptation, qui permet de traduire ce qui n’est pas compréhensible immédiatement, par exemple, une référence culturelle très connue dans un pays doit être adaptée dans le texte cible par une autre référence culturelle de même valeur.

- L’étoffement, un procédé qui permet de traduire une expression de la langue source d’une façon plus complète dans la langue cible. On traduit en général un adverbe par un syntagme nominal ou verbal.

J’arrête ma liste ici car elle pourrait ennuyer les professionnels autant que les néophytes. Mais sachez qu’il existe une bonne vingtaine de stratégies de traduction comme l’enthropie, l’effacement, le calque, la mise en relief, l’hypotaxe etc.

Toutes ces stratégies sont donc là pour aider le traducteur dans sa tâche ardue. Et j’en viens à ma deuxième idée reçue. Une personne bilingue qui possède des connaissances culturelles dans les deux langues est certes avantagée si elle veut être traductrice. Mais cet avantage ne fait pas d’elle une traductrice. Elle peut comprendre ce qu’elle lit dans les deux langues sans difficulté mais peut-elle faire passer une idée d’une langue à l’autre ? C’est un exercice qui demande une certaine gymnastique mentale et de l’entraînement afin de savoir utiliser correctement les différentes stratégies de traduction.

Autant vous dire tout de suite que ce genre de gymnastique ne peut être fait que par un cerveau humain. Seul cet organe extraordinaire peut faire des associations d’idées, se souvenir d’un texte lu il y a des années, comprendre un sens caché ou encore déceler une ironie, un trait d’esprit ou un jeu de mot. Les traducteurs que vous trouvez sur Internet ne traduisent que des mots, pas des idées. Ce qui me rappelle un slogan d’une compagnie aérienne très connue, et dont je tairais le nom ici, qui a pour leitmotiv anglais « There’s no better way to fly ». J’ai un marque-page de cette compagnie, marque-page qui a dû être imprimé à des milliers ou peut-être même millions d’exemplaires (vu l’importance de la compagnie) sur lequel figure un astérisque nous invitant à lire la traduction française de ce slogan : « Il n’y pas plus façon de s’envoler ». Fin de la citation. C’est bien sûr écrit recto-verso, ce serait dommage de passer à côté ! Que s’est-il passé dans cette grande société pour laisser écrire ce non-sens total ? Cela nuit terriblement à l’image de la marque et leur crédibilité en prend un sacré coup par la même occasion.

Si vous n’êtes toujours pas convaincus, essayons de comprendre comment cette « traduction » a été « élaborée ». Faisons un test avec un traducteur en ligne. Demandons lui de traduire cette même phrase, qui avouons le, ne présente pas de difficulté particulière. Voilà ce que j’ai obtenu (je ne cite pas mes sources, pas la peine de faire de la pub, sachez qu’ils sont faciles à trouver et très bien référencés par le principal moteur de recherche américain, c’est clair ?) :

- « Il n'y a aucune meilleure façon de voler »

- « Il n'y a aucune meilleure manière de voler »

Cette dernière étant la plus trouvée. Elle semble faire l’unanimité de par sa perfection linguistique et son côté très français. Remarquez que les deux versions que j’ai trouvé sont nettement supérieures à la version choisie par l’entreprise de transport aérien.

Et oui, tout est affaire de goût, en bout de course, il y a toujours quelqu’un qui tranche, qui fait un choix, pour le meilleur et dans ce cas, pour le pire. Remarquez que je n’ai pas essayé de faire traduire une strophe d’un poème quelconque par un traducteur en ligne… Je vous laisse imaginer le résultat…

Voilà. Voilà pourquoi le métier de traducteur est une valeur sûre tant qu’il existera au moins deux langues différentes sur cette Terre. Voilà pourquoi un traducteur ne peut pas être remplacé par une machine. Enfin, voilà pourquoi n’importe qui ne peut pas s’improviser traducteur du jour au lendemain.

30 juin 2007

Le Portail s'étoffe !

Dans un souci de vous apporter un outil toujours plus complet, nous avons ajouté au Portail une page Blogmarks qui recense nos liens utiles pour la traduction, sous forme de favoris en ligne. Ce système présente plusieurs avantages :
- Ces liens sont mis à jour beaucoup plus régulièrement que dans nos pages de ressources, dont le système de classement est plus classique.
- Il est facile de trouver des ressources en rapport avec un thème voulu : il suffit pour cela de taper un intitulé dans la fenêtre de recherche de la page, ou de chercher cet intitulé dans notre "nuage de tags" (un regroupement de tous les libellés attribués à nos favoris). S'affichent alors tous les liens touchant à ce thème.
- Cerise sur le gâteau, l'interface est conviviale et intuitive.

Nous avons ajouté au Portail une fenêtre de recherche de l'excellent moteur Exalead, qui vous permet d'effectuer une recherche dans l'ensemble du Web, ou plus spécifiquement dans notre page Blogmarks, et ce directement depuis la page d'accueil.

Enfin, vous trouverez en bas de la page d'accueil un moteur de recherche Swicki que nous avons mijoté à la sauce traduction, et qui va chercher pour le terme que vous lui soumettez dans des pages en rapport à la traduction, dans les dictionnaires et les lexiques.
C'est qui plus est un moteur qui s'améliore grâce à ses utilisateurs : vous pouvez promouvoir les réponses qui vous semblent les plus pertinentes.

Bonnes recherches grâce au Portail !

Portail Littérature et traduction de l'UNESCO

Certains d'entre vous le connaissent sans doute déjà, mais un rappel ne fait jamais de mal...

L'UNESCO a mis en ligne un portail consacré à la traduction et aux littératures du monde entier, disponible en français, anglais et espagnol, où l'on trouve des liens vers de très nombreux organismes et sites Internet proposant des ressources littéraires, culturelles et linguistiques.

Je cite ici le texte de présentation de leur page d'accueil :

"Bienvenue au centre d'échange d'informations de l'UNESCO sur la traduction littéraire, développé dans le cadre de l'Alliance globale pour la diversité culturelle, un lieu d’information, d’orientation et de rencontre pour tous ceux (traducteurs, éditeurs, chercheurs, responsables de centres de documentation, enseignants) travaillant à la découverte et à la diffusion des littératures inconnues."
Vous trouverez ce portail ICI.

Réflexions sur le rôle du traducteur

J.Peder Zane

Une réflexion (du point de vue d'un lecteur, cette fois, et quel lecteur !) sur le rôle du traducteur :

Condensé de l'article de PEDER ZANE, "Novels found in translation ", paru dans le New Observer :


Cela aurait dû être pour lui, Sverre Lyngstad, l'événement de l'année. Ce n'est pas tous les jours qu'on trouve son oeuvre citée longuement dans le New Yorker. Mais quelque chose s'est perdu dans la traduction.

( Zane raconte que Sverre Lyngstad ouvre le magazine et trouve un long article sur le prix Nobel norvégien Knut Hamsun, auteur sur lequel il a publié une étude critique et dont il a traduit 9 des meilleurs romans. Bien sûr, le New Yorker a largement puisé dans les traductions de Lyngstad, mais sans jamais mentionner son nom. Celui-ci prend contact avec le magazine, et s'entend dire que les éditeurs avaient eu peur d'"encombrer" l'article en citant son nom. Non sans mal, il a finalement obtenu que le New Yorker publie une version abrégée de sa lettre aux éditeurs.)

"L'article donnait l'impression que les tradutions étaient tombées du ciel ou que l'auteur les avait faites lui-même", raconte Lyngstad. "C'est toujours gratifiant d'être reconnu pour son travail. Lorsque cette reconnaissance est absente, on touche au coeur du problème de la fonction et du statut du traducteur, en ayant l'air de suggérer qu'on a le droit de citer des textes traduits sans aucune référence à la personne qui les a créés."

Les traducteurs, écrit Peder Zane, jouent un rôle tellement central dans notre connaissance des oeuvres étrangères que nous éprouvons une envie instinctive de les faire disparaître du tableau." (Picking up "Madame Bovary" or "Crime and Punishment," we seek to surrender ourselves to the towering genius of Flaubert or Dostoevsky.) Nous ne voulons pas qu'on nous rappelle que notre ignorance du français ou du russe suppose que nous ne pourrons jamais apprécier pleinement leurs oeuvres, sauf par des versions créés par des traducteurs doués, mais obscurs.
(Almost all first-rate translators convey the story and spirit of the works at hand -- capturing Bovary's yearning or Raskolnikov's torment. But then we remember Flaubert, who famously laboured to find le seul mot juste (the one right word). Even a cursory glance of competing translations displays thousands of differing word choices, many of which alter the rhythm, the syntax and, to varying degrees, the meaning of the work.)

Pour prendre un exemple parlant, voici la traduction de Lyngstad de la troisième phrase du roman de Hamsun, Victoria "When he grew up he wanted to be a maker of matches" (Quand il serait grand, il serait fabriquant d'allumettes. ). Voici comment un traducteur plus ancien, Oliver Stallybrass, l'a traduite: "When he grew up he would work in a match factory." (Quand il serait grand, il travaillerait dans une fabrique d'allumettes). Je ne peux pas dire quelle est la version la plus fidèle, mais les différences sont évidentes. Lyngstad nous donne à voir un garçon ambitieux déterminé à mettre le feu au monde. Stallybrass nous présente un enfant dont le morne destin semble tout tracé.

Les traducteurs sont des prêtres qui médiatisent notre relation avec les dieux littéraires. Nous dépendons d'eux lorsque nous voulons un contact direct. Ils sont plus importants que jamais, en cette époque de globalisation. Lire de la littérature étrangère est le meilleur moyen de comprendre , d'appréhender des cultures lointaines "de l'intérieur".

(Suit un passage sur les chiffres, 195,000 livres anglais publiés en 2004 contre 891 oeuvres "of adult literature" traduites.)

Quoi qu'il en soit, poursuit Peder, grâce au travail héroïque et souvent mal payé des traducteurs, nous pourrons lire de nombreux textes merveilleux ce printemps.
( They include "Suite Française," Irene Nemirovsky's novel of life in Nazi-occupied France (Knopf, April, translated from the French by Sandra Smith); "The Possibility of an Island," best-selling French author Michel Houllebecq's futuristic tale of the modern world (Knopf, May, translated by Gavin Bowd); and "Seeing," the latest novel from Portuguese Nobel laureate Jose Saramago, (Harcourt, April, translated by Margaret Jull Costa).)

De plus, les traducteurs insufflent aux oeuvres anciennes une vie nouvelle . (The Nobel prize-winning poet Seamus Heaney resurrected "Beowulf" in 2000 through a version powerful enough to transform the bane of ninth-grade English into a national best seller. Richard Pevear and Larissa Volokhonsky's fresh translation of "Anna Karenina" led Oprah Winfrey to make Tolstoy's masterpiece one of her book club picks. And Anthony Briggs is generating new interest in another Tolstoy classic, "War and Peace" (Viking) through his new translation of that sprawling epic.)

Tout ceci nous rappelle le paradoxe fondamental de la relation entre lecteurs et traducteurs: Nous ne pouvons vivre avec eux, et nous ne pouvons vivre sans eux."

(Book review editor J. Peder Zane can be reached at pzane@newsobserver.com.)

Les implications de la traduction

L'île de Goré

  • Qu'est-ce que traduire ?


    Nous allons ici essayer de sortir un peu des lieux communs, tradutore, traditore, par exemple, sujet inépuisable et un peu vain, puisque des livres, des articles de journaux, sont traduits tous les jours, pour nous interroger sur quelques implications possibles de cette fonction de "passeur".

  • Adriaan Van Dis, journaliste néerlandais et auteur de nombreux récits de voyage, nous propose un point de vue paru dans la revue de l'Institut Camoês ( juillet-septembre. 1999), dont voici un résumé :
LANGUES VOLEES
  • "Dans la discussion concernant le choc menaçant des cultures, à la suite duquel les cultures des pays pauvres du Sud se sont barricadées ou emploient des armes verbales contre l'arrogance des pays riches du Nord, les traducteurs peuvent remplir un rôle aussi utile que prudent [...]", telle est l'opinion de Adriaan Van Dis qui, dans ce contexte, considère le traducteur comme un batisseur de ponts entre le monde riche et le monde pauvre.
  • Evoquant son séjour dans l'île de Goré, sur la côte du Sénégal, que des trafiquants d'esclaves hollandais ont achetée au Portugal, Van Dis rapporte que lorsqu'il disait aux habitants de l'île qu'il écrivait en hollandais, tout le monde riait à gorge déployée, car personne ne savait écrire dans sa langue native.
  • "Le français, dans les pays francophones, de même que l'anglais et le portugais dans les autres ex-colonies, est la langue des intellectuels. Peu d'écrivains, sans doute, publient dans leur langue maternelle.[...] Donc, les lecteurs des auteurs africains se trouvent dans les grandes villes et surtout à l'étranger, et pour la plupart des auteurs, leurs lecteurs sont à Londres et à Paris. Ce sont des écrivains qui ont échangé les sons, les mélodies et les rythmes de leur jeunesse contre une langue à laquelle les colonisateurs les ont forcés".
  • Ce que Van Dis trouve encore plus étrange, c'est le fait que ce soit les Africains qui opposent plus de résistance aux tentatives d'établissement des littératures dans leurs langues maternelles, ce qui contraste avec le sentiment croissant de malaise parmi les jeunes africains qui se plaignent du peu d'attention et de respect à l'égard de leurs cultures. Les universités américaines sont d'ailleurs innondées de théories afro-centristes qui souhaiteraient que les peuples d'Afrique puissent retrouver leur équilibre et leur estime de soi au moyen d'un "sentiment d'orgueil".
  • C'est dans ces circonstances que le traducteur, plus que le constructeur de ponts entre certaines langues et d'autres, peut également être "un hérault qui souffle les mots d'une langue moins employée vers l'ampleur du monde, enrichissant un grand pays de la littérature d'un plus petit. Il peut remettre un pays sur la carte du monde. Il peut racheter une civilisation de son isolement et l'aider à redécouvrir son orgueil et son identité".

04 juin 2007

Aujourd'hui, 4 juin, premier anniversaire du site ...



A défaut de champagne, ces quelques fleurs sauvages au parfum épicé pour le commémorer

et souhaiter longue vie à notre forum


03 juin 2007

La sorcière de Pontusval


J'ai recueilli aujourd'hui pour vous une pensée de traductrice, Marquise du bout du monde, inspirée par cette magnifique photo qu'elle a prise au phare de Pontusval, sur la côte Nord du Finistère :






"L'association phare-girouette-sorcière me paraît une belle métaphore de la traduction. Lumière dans la nuit pour les bateaux en danger, girouette pour découvrir l'air du monde entier et sorcière pour les transmutations permanentes que nous opérons."

14 octobre 2006

Lusopholie, blog sur les lettres et la poésie lusophones

Voici un nouveau blog que nous propose Menina, consacré aux lettres lusophones...

Extrait :








*

Une fois j'étais avec Don Foan,

Je commençais à m'ennuyer ferme ,

avec tout ce qu'il me racontait.

Il a dit: J'y vais, vous allez vous coucher;

Et j'ai dit: grand bien vous fasse,

Car vous partez et me laissez.


Ce qu'il disait m'ennuyait fort,

Vraiment beaucoup, ne plaise à Dieu,

et je papillonnais des yeux ;

quand il a dit: je vais me coucher;

moi j'ai dit: grand bien vous fasse,

Car vous partez et me laissez.


Il ne partait plus, s'obstinait,

et j'en étais très ennuyé,

il n'a pas su ce que je pensais,

et quand il a dit: bon, j'y vais,

je lui ai dit: grand bien vous fasse,

Car vous partez et me laissez.

Dom Dinis de Portugal, 1261-1325 (CBN 1539)

13 octobre 2006

Le comboloï

"Les hommes restent là des heures, à tourner et retourner entre leurs doigts ce comboloï, chapelet d’ambre dont on ne sait s’il est le signe de quelque aristocratie des loisirs ou celui d’une secrète détresse qui ne se lit jamais sur les visages mais qu’on devine à cette façon de dialoguer en silence avec ses propres doigts." (Jacques Lacarrière, L’Été grec)

Le mot "komboloï" vient de "κόμπος" (kómbos) qui signifie «nœud» et de "λόγος" (loï), «parole». L'origine de l'objet lui-même n'est pas connue: les boules chinoises, le "chapelet" coranique ou encore bouddhique...? Les Anglais l'appellent "worry beads", ce qui le définit parfaitement!

Ah! ces komboloï! Combien de fois m'ont-ils stressée! Il se peut qu'ils aident leurs propriétaires à évacuer leur stress et conquérir la sérénité... mais imaginez une mesure à ¾ avec un soupir, une noire, une noire, un soupir, une noire, une noire... ceci répété à l'infini! De quoi user les nerfs les plus solides! Souvent les hommes qui arrêtent de fumer troquent la cigarette pour le komboloï, histoire de s'occuper les mains, et ils le font effectivement tourner nerveusement entre leurs doigts...

De nos jours, nombre de komboloï sont en "pur toc", de toutes les couleurs et pas toujours de "bon goût", mais l'on trouve aussi de belles imitations ainsi que de très beaux spécimens en ambre, bois et pierres plus ou moins rares. Les perles sont enfilées sur des fils de nylon ou de cuir, ou encore sur des chaînettes en or ou en argent. Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses!

Si vous venez en Grèce, n'oubliez pas de visiter le Musée du Komboloï de Nauplie dans le Péloponnèse (25 rue Staikopoulou) ou celui de Portaria dans le Pélion (ancienne boulangerie).


Ce billet est extrait du blog de Pascale Goulias-Didiez, La Grèce d'une Normande.

© Les textes et les photos, qu'ils soient ou non publiés, demeurent la propriété de leur auteur et ne peuvent être reproduits sans son autorisation.

17 septembre 2006

Idle Ramblings

Le blog de Tiggerdan, notre administratrice préférée... Billets d'humeur et photos, en anglais s'il vous plaît !

07 juillet 2006

La Grèce d'une Normande

Voici le blog de Pascalitsa, consacré à la Grèce, où elle vit :
La Grèce d'une Normande