08 décembre 2007

Genèse

Avec le temps, un temps vague et indéterminé, Adam et Notre Seigneur devinrent amis. Et comme ni l'un ni l'autre n'avaient eu d'enfance, ils inventaient tous les jours un jeu différent, une distraction - toujours agréable, puisque le mauvais goût n'existait pas encore.

- Aujourd'hui j'ai envie de créer des animaux, dit-Il en tapant sur l'épaule d'Adam.

- Des animaux? Je ne comprends pas...

- Des choses animées par l'âme, des choses qui bougent...

- Je sais !... le feu fait bouger.

- Pas du tout, le feu ne fait bouger que ce qui est près de lui.

- D'accord, conclut Adam. Et comment on fait?

- Pas «on». C'est moi qui fais.

- Mais comment tu fais si tu n'en as jamais vu?

- Comme ça: on dit les consonnes et les voyelles au hasard, et on voit ce que ça donne.

Et ils se mirent à prononcer et à créer et ils s'amusaient comme des fous. Ensuite, le Seigneur se contentait de dire : « Va-t-en » et Adam poussait l'animal en disant : « Adieu ! »

- «Chat», dit Adam.

- Cette merveille reste avec moi. Ne touche jamais cet animal même pour le caresser. «Chien!»

- Celui-là, je le veux ! Regarde-moi ces yeux. Si je me penchais sur l'eau avec lui, on dirait que nous ne sommes qu'une seule et même chose.

- Garde-le, si tu veux, mais loin d'ici... je me repens même de l'avoir créé. Mais bon.

- «Chauve-souris», dit Adam.

- Va au diable! s'exclama le Seigneur, tout tremblant.

- Qu'est-ce que tu dis? C'est quoi le «diable»?

Suite...- Je ne sais pas trop. Quelque chose que je ressens quelquefois à l'intérieur de moi.

- Cela ne doit pas être un animal. «Athée!»

- C'est pire que toi et le diable réunis. Sois maudit ! Tout est fini entre nous.

Et Il l'abandonna au milieu de la multitude des animaux, qui jusque-là vivaient en parfaite harmonie. Mais, lorsque le Seigneur s'éloigna, ils se mirent à rugir, à grogner, à montrer les dents, à hurler. Pour la première fois Adam éprouva une sensation d'étrangeté et cria :

- J'ai peur!

Et ce qui l'effraya le plus, c'est qu'il ne savait pas exactement ce que ces mots voulaient dire. Alors, le chien s'approcha et lui lécha la main. Adam sentit sa chaleur et se détendit un peu, l'entoura de ses bras et se mit à pleurer. Il vit quelques gouttes tomber sur le sol et regarda le ciel. Peut-être parce qu'il étaient émus, les autres animaux s'éloignèrent et laissèrent en paix ces deux âmes jumelles. Une paix solitaire, mi-canine, mi-humaine. Jusqu'au jour où se planta devant Adam l'animal le plus étrange et le plus fascinant, qui dit avec un naturel troublant :

- C'est moi, Eve.

Dimiter Anguelov, Furacão no labirinto, Europa-América, 1996

3 commentaires:

Eric Moreau a dit…

Il est très chouette ce texte ! Tu vois qu'on le lit, ce blog... Décidemment, ça vous inspire la Genèse...

lulu a dit…

Killroy was here
Luc ;-)

menina a dit…

Merci, les gars, vous êtes sympas !;-)